Par Toutatis ! La seconde vie des BD de l’hôpital du Val-de-Grâce à la BCSSA.
Bianca Baskett
Quand une bibliothèque d’hôpital ferme ses portes, ses livres peuvent sombrer dans l’oubli ou entamer une seconde vie. À la bibliothèque centrale du service de santé des Armées, les BD de l’ancien hôpital du Val-de-Grâce ont trouvé un refuge. Loin de rester immobiles, ces BD poursuivent leur mission : offrir du rêve et soigner les esprits fatigués.
J’ai longtemps voyagé de main en main, entre étagères et chambres d’hôpital. Je viens d’un autre temps, celui de l’hôpital du Val-de-Grâce. Quand sa bibliothèque a fermé en 2016, mes compagnons de bulles, mes collègues en format livre de poches et moi (soit 936 au total) avons trouvé refuge dans un autre bastion du savoir : la bibliothèque centrale du service de santé des Armées (BCSSA). Nous aurions pu finir à la benne. Mais non : une nouvelle vie nous attendait, au cœur du 5ᵉ arrondissement de Paris.
Aujourd’hui, je me trouve mis à la hâte dans un sac à dos, coincé entre l’ordinateur, les clés et les petits encas du jour. Le pas est rapide. Nous sommes en retard… Et je dis « nous » parce qu’il y a celle qui me transporte et moi au format très coloré, rectangulaire et usé depuis le temps qu’on me fait faire des aller-retours. Je ne suis pas un ouvrage savant de médecine ni un traité de pharmacologie mais un concentré d’aventure et de rire : Astérix et le chaudron magique.
Après un trajet chaotique dans la rame du RER C, me voilà presque arrivé. Identification à l’entrée du portillon, salut au gardien, traversée d’un cloître frais où plane, paraît-il, le fantôme d’Anne d’Autriche. J’en frissonne de toutes mes pages ! Quelques marches plus haut, derrière l’écran, la bibliothécaire m’attend, souriante malgré mon retard. Mais quel sens a le retard quand je permets des soirées d’évasion à un lecteur fatigué ? Je garde en mémoire ces yeux brillants qui suivaient mes bulles comme on suit des étoiles filantes.
Mon retour est enregistré, je regagne mon étagère. Pas facile de me trouver du premier coup. Au loin les manuels de la médecine fondée sur les preuves. Avec moi, les collègues : Tintin, Blake & Mortimer, Lucky Luke, Frankenstein qui hante, Merleau-Ponty qui philosophe en silence, Avicenne qui veille sur les mémoires médicales et Tolstoï, avec La Mort d’Ivan Ilitch, qui rappelle que la vie ne tient qu’à un fil… Ou à une reliure.
Dans ce temple du savoir militaire, lire, apprendre, s’enrichir, c’est aussi respirer et s’évader par l’imaginaire. Beaucoup d’internes viennent ici entre deux gardes pour travailler leur thèse. Certains repartent avec des ouvrages savants, d’autres, avec moi. Une potion anti-stress ! Et puis, l’actualité me sert : Astérix en Lusitanie, vient de sortir le jeudi 23 octobre 2025.
L’heure a tourné. J’écoute des pages qu’un lecteur tourne, le son d’un clavier parfois frappé avec frénésie – sans doute un article scientifique à boucler – puis soudain, des pas s’approchent. Par Toutatis ! Une main me saisit : c’est Jeanne, qui travaille sur le site. Finalement, il n’y a pas que les médecins qui ont besoin de potions magiques !