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Philosopher en Mystique. L'histoire de la pensée iranienne [[periodique]] / Michel Eltchaninoff

  • Philosopher en Mystique. L'histoire de la pensée iranienne [[periodique]] / Michel Eltchaninoff
  • 01/05/26
  • pp.72-79
  • 1951-1787
  • 8
  • Riche d’un héritage zoroastrien, de sa langue poétique et de sa version singulière de l’islam chiite, la philosophie iranienne se distingue par la primauté du monde intelligible et une quête spirituelle profonde de l’union avec le divin. Elle ne se limite pas à des systèmes abstraits ou des préceptes religieux, mais vise une transformation intérieure. Ignorée en Occident et souvent confondue avec la pensée arabo-musulmane, elle possède néanmoins une identité propre, mise en lumière par le travail d’Henry Corbin, notamment dans ses ouvrages explorant le génie philosophique persan, où l’on retrouve des thématiques issues du zoroastrisme et une continuité historique entre la Perse antique et l’Iran chiite. La philosophie, en Iran, s’articule autour de l’épanouissement mystique et personnel, distinct de la théologie formaliste, et se développe à travers les grands philosophes comme Avicenne, Suhrawardî, et Mullâ Sadrâ. Avicenne, influencé par Aristote et les néoplatoniciens, distingue l’essence et l’existence et donne une dignité conceptuelle à la langue persane, tout en rapprochant la métaphysique de la révélation prophétique. Suhrawardî, créateur de la philosophie « orientale », propose une ascension gnostique singulière et développe le concept d’un monde « imaginal », intermédiaire entre sensible et intelligible. Rûmî, poète mystique incontournable, célèbre l’union à Dieu à travers la poésie et la spiritualité, dépassant la rationalité et l’ascèse au profit de l’amour inconditionnel et d’une expérience extatique, une voie où la poésie devient instrument de la révélation divine. Mullâ Sadrâ, dans la période moderne, critique le formalisme religieux et insiste sur la valeur de l’intention et de l’expérience intérieure, reformulant les idées de ses prédécesseurs et affirmant que la connaissance ésotérique mène au salut, tandis que l’imagination joue un rôle essentiel après la mort. Malgré la domination religieuse, la philosophie iranienne incarne un idéal de liberté et d’audace créatrice, mêlant une tradition intellectuelle, une quête spirituelle et une profonde mélancolie face aux vanités humaines....
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