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Edward Saïd. Le contrepoint du monde colonial [[periodique]] / Léo Fabius

  • Edward Saïd. Le contrepoint du monde colonial [[periodique]] / Léo Fabius
  • 01/05/26
  • pp.74-81
  • 0996-6994
  • 8
  • Né en 1935 à Jérusalem, dans la Palestine sous mandat britannique, Edward Saïd grandit entre Jérusalem, Le Caire et le Liban, au sein d’une famille arabe chrétienne protestante disposant aussi de la nationalité états-unienne. Cette enfance entre plusieurs langues, appartenances et espaces nourrit très tôt un sentiment de décalage. Dans les écoles coloniales du Caire, il fait l’expérience de la domination symbolique et raciale, tandis que la Nakba de 1947-1948 transforme ce malaise intime en conscience politique : sa famille perd sa maison de Jérusalem, des proches sont déplacés et le massacre de Deir Yassine marque durablement sa mémoire.Envoyé seul aux États-Unis en 1951, il poursuit ses études dans le Massachusetts, puis à Princeton et Harvard. Sa thèse, soutenue en 1963, porte sur Joseph Conrad et s’inscrit déjà dans une réflexion sur l’exil, l’identité et le lien entre les textes et le monde. Professeur à Columbia, il mène d’abord une carrière académique avant que la guerre des Six Jours de 1967 ne le ramène au premier plan de la question palestinienne. Dès lors, il articule critique littéraire et engagement public, approfondit la littérature arabe et multiplie les prises de parole dans les médias.Avec L’orientalisme en 1978, il montre que « l’Orient » n’est pas une réalité naturelle mais une construction discursive élaborée par l’Occident dans un rapport de savoir et de domination. L’ouvrage devient fondateur pour les études postcoloniales. Membre du Conseil national palestinien à partir de 1977 et traducteur de la déclaration d’indépendance de l’OLP en 1988, il défend une approche humaniste de la Palestine, centrée sur l’égalité des droits, la coexistence et la pluralité des récits. Il critique aussi la couverture médiatique occidentale du monde arabe et s’oppose aux Accords d’Oslo, préférant l’horizon d’un État binational, démocratique et laïque sur le territoire de la Palestine historique.L’article rappelle enfin ses quatre apports majeurs : la critique de l’orientalisme, un humanisme exigeant pour penser la Palestine, une conception de l’intellectuel comme « amateur » chargé de dire la vérité au pouvoir, et la « lecture contrapuntique », qui relit les œuvres du canon occidental en y restituant les voix coloniales étouffées. Atteint d’une leucémie en 1991, Edward Saïd meurt en 2003 en laissant une œuvre majeure sur l’exil, la représentation et l’entrelacement des histoires....
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