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Pourquoi les Français boudent les livres [[périodique] ]

  • Pourquoi les Français boudent les livres [[périodique] ]
  • 01/11/25
  • pp.88-89
  • 0247-3739
  • 2
  • En 2024, le chiffre d'affaires du secteur du livre en France a atteint 2,9 milliards d'euros, en baisse de 1,5 % par rapport à 2023. Les ventes en volume ont reculé de 3,1 %, avec 426 millions d'exemplaires neufs vendus, un niveau inférieur à celui de 2019. Les prix littéraires, notamment le Goncourt qui se vend entre 400 000 et 500 000 exemplaires, restent des moteurs de vente, mais ne masquent pas la baisse générale de la lecture. Selon une enquête du Centre national du livre (CNL) et Ipsos publiée en avril 2025, seuls 70 % des Français de 15 ans et plus ont lu au moins un roman dans l'année, soit une baisse de 2 points par rapport à l'enquête précédente. Les littératures de genre (polar, fantastique, science-fiction, romance) enregistrent une chute de 8 points par rapport à 2023. Les livres d'histoire, biographies, livres pratiques et bandes dessinées perdent aussi du terrain. Globalement, 63 % des Français de 15 ans et plus ont lu au moins cinq livres (tous genres et formats confondus) au cours de l'année, contre 69 % en 2023, soit une baisse de 6 points en deux ans. Parmi les femmes, 71 % ont lu au moins cinq livres, soit 4 points de moins qu'il y a deux ans. 13 % de la population n'a lu aucun livre, soit 3 points de plus qu'en 2015 ; ce taux atteint 17 % chez les hommes, 18 % chez les ouvriers et employés, et 11 % chez les cadres, professions libérales et enseignants. La lecture quotidienne de livres (papier ou numériques) concerne seulement 45 % des personnes interrogées, le niveau le plus bas depuis dix ans. 27 % des lecteurs déclarent faire autre chose en même temps qu'ils lisent (envoyer des messages, consulter les réseaux sociaux, regarder des vidéos), un phénomène particulièrement marqué chez les 25-34 ans (42 %) et les 15-24 ans (53 %). Chez ces derniers, le temps passé devant un écran (hors travail) dépasse 35 heures par semaine, contre seulement 3 heures et 18 minutes consacrées à la lecture de livres. La baisse de la lecture est un phénomène générationnel observé depuis les années 1990, après une forte progression dans les années 1970 et 1980. Chaque génération lit moins que la précédente, et plus on vieillit, moins on lit, cette tendance s'accentuant de génération en génération. Chez les 50-64 ans, traditionnellement attachés aux livres, seuls 59 % ont lu au moins cinq livres, soit 12 points de moins qu'en 2023. La moitié des non-lecteurs, toutes catégories sociales confondues, invoque le manque de temps. Parallèlement, le temps de lecture se reporte sur d'autres supports : blogs, réseaux sociaux, fanfictions, webtoons. Les jeunes privilégient ces formes fragmentées et manifestent une aversion pour les prix littéraires, malgré leur participation au Goncourt des lycéens. Le livre, et en particulier le roman, a perdu de son importance dans la définition de la culture générale. Les initiatives publiques (quart d'heure de lecture au collège, Nuit de la lecture, opération Partir en livre, réseau de bibliothèques) ne suffisent pas à compenser l'attrait des écrans et des réseaux sociaux, dont le CNL appelle à une régulation plus claire et volontariste.
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