Article

Intelligence artificielle, la grande peur [[periodique]] / Anne Cagan

  • Intelligence artificielle, la grande peur [[periodique]] / Anne Cagan
  • Express (L') 3910
  • 11/06/26
  • pp.42-48
  • 0014-5270
  • 7
  • La contestation contre l’intelligence artificielle s’accélère et prend un visage inattendu : celui des jeunes, pourtant réputés technophiles. L’épisode d’Eric Schmidt hué par 20 000 étudiants à l’université d’Arizona illustre un basculement rapide de l’enthousiasme vers la défiance. Aux Etats-Unis, seuls 22 % des membres de la génération Z se disent encore enthousiasmés par l’IA, soit 14 points de moins en un an, tandis que la colère monte à 31 %. Cette méfiance s’alimente du flou réglementaire dans les universités, de la banalisation de la triche, de la difficulté à décrocher stages et premiers emplois et de la crainte d’une « jobs apocalypse » qui frapperait d’abord les débutants. En Allemagne, les moins de 30 ans doivent envoyer 40 candidatures pour obtenir un entretien ; aux Etats-Unis, les offres destinées aux débutants ont reculé de 7 % et, selon une étude de Stanford, l’emploi des 22-25 ans dans les métiers les plus exposés à l’IA a baissé de 13 % depuis 2022.L’angoisse est renforcée par les dirigeants de la tech eux-mêmes, qui multiplient les déclarations apocalyptiques sur l’emploi, la sécurité, l’environnement ou la survie de l’humanité. Anne Bouverot, Carissa Veliz et Olivier Sibony y voient aussi une logique financière : SpaceX, OpenAI et Anthropic ont besoin de récits révolutionnaires pour soutenir des levées de fonds et de futures introductions en Bourse, avec des valorisations combinées estimées à 3 500 milliards de dollars, soit 40 % de plus que le CAC 40. Sam Altman, Elon Musk et Dario Amodei apparaissent ainsi comme des prophètes intéressés d’une technologie qu’ils disent eux-mêmes difficile à maîtriser.Le rejet de l’IA n’est pas seulement occidental. D’après l’Ipsos AI Monitor, 53 % des personnes interrogées dans le monde disent que l’IA les rend nerveuses, avec des pics en Inde, en Thaïlande et en Malaisie ; les craintes de remplacement de l’emploi sont encore plus fortes en Thaïlande, en Indonésie et en Inde. La Chine fait figure d’exception, portée par une confiance technologique nourrie par la croissance et par la réticence de Pékin à tolérer des licenciements liés à l’IA.La fronde prend enfin une dimension politique et sécuritaire. Des parallèles sont établis avec les Luddites du XIXe siècle. Après l’attaque au cocktail Molotov contre la maison de Sam Altman, le FBI considère l’« extrémisme antitech » comme une menace émergente. Les data centers deviennent le point de cristallisation des oppositions, mêlant peur de l’automatisation, contestation écologique et rejet local. En arrière-plan, le malaise plus large de la génération Z se confirme : un quart des 15-29 ans en France souffrirait de dépression, 71 % des 18-24 ans disent avoir du mal à se projeter dans l’avenir et les moins de 35 ans utilisent parfois Claude ou ChatGPT comme coach de vie....
Lien copié.
Build V.5.2.2 - 2ecb916194 (29/04/2026 07:35:08)