Article
Défense européenne piégée par sa dépendance aux Etats-Unis (La) [[periodique]] / Elsa Trujillo
Titre(s)
- Défense européenne piégée par sa dépendance aux Etats-Unis (La) [[periodique]] / Elsa Trujillo
Ensemble
- Express (L') 3902
Auteur(s)
Editeur, producteur
- 16/04/26
Description matérielle
- pp.18-27
ISSN
- 0014-5270
Note sur la description matérielle
- 10
Résumé ou extrait
- L’Europe fait face à une dépendance croissante envers les Etats-Unis en matière d’équipements militaires, exacerbée par l’imprévisibilité de l’administration Trump. Treize pays européens ont adopté le F-35 américain, souvent au détriment du Rafale français et du Gripen suédois. Des matériels essentiels — avions de combat, drones Reaper, systèmes Awacs et missiles — proviennent majoritairement des Etats-Unis, avec des contraintes liées à la réglementation ITAR qui peut bloquer la livraison d’armes ou de composants. Le programme Eurodrone, lancé par la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne pour disposer de drones souverains, est mort-né. En France, de nombreux équipements, dont les catapultes à vapeur pour le porte-avions Charles-de-Gaulle et son futur remplaçant France-Libre, sont fabriqués aux Etats-Unis, générant des vulnérabilités. Les satellites de communication et de surveillance, ainsi que les ascenseurs pour avions sur les porte-avions, sont également d’origine américaine. Bien que le Rafale Marine soit français, la formation des pilotes dépend des Etats-Unis. Des alternatives commencent à émerger : la France remplace ses avions E-3F Awacs américains par le Saab GlobalEye, suédois et canadien, et ses avions de ravitaillement Boeing par des Airbus A330 MRTT européens. Les ventes militaires américaines à l’Europe entre 2020 et 2024 sont particulièrement élevées (par exemple, Pologne : 27,563 M$, Allemagne : 17,361 M$, Finlande : 12,771 M$). La Suisse, suite à sa commande de 36 F-35 à Lockheed Martin (réduite à 30 après des dépassements budgétaires de près d’1 milliard d’euros et un crédit supplémentaire de 438 millions d’euros), a subi des retards et surcoûts pour les avions et les infrastructures associées. L’opacité et la difficulté de sortir de cette dépendance sont illustrées par les difficultés d’annulation du contrat et de transparence sur les critères de sélection. Par ailleurs, la Suisse s’interroge sur la possibilité de renoncer à la commande de systèmes Patriot américains après des retards de cinq ans et des surcoûts, envisageant les SAMP/T français. Les forces françaises restent partiellement « sous perfusion » américaine, avec le renouvellement de licences et la difficulté à développer des alternatives nationales ou européennes, comme le logiciel Gotham de Palantir Technologies, sur lequel la DGSI s’appuie faute d’offre locale. Après un contrat de 328 M$ entre Palantir et le ministère britannique en 2026, Paris choisit ChapsVision pour le développement d’un outil propre. L’Union européenne prévoit jusqu’à 800 milliards d’euros d’ici 2030 pour moderniser ses forces armées et 131 milliards d’euros pour la défense et l’espace entre 2028 et 2034, mais une part substantielle pourrait financer des équipements américains. Les industriels américains adaptent leurs offres pour l’Europe, tandis que la Commission européenne tente de réserver plus de fonds aux entreprises continentales. Dans ce contexte, la ministre des Armées, Catherine Vautrin, plaide pour une production accrue d’armes en Europe, un marché de 450 millions d’habitants, et la mutualisation des achats pour renforcer l’indépendance, bien qu’elle souligne aussi l’ampleur des obstacles budgétaires, techniques et industriels. La Direction générale de l’armement (DGA) est appelée à accélérer la production et à mieux intégrer les PME locales, alors que l’Europe peine à sortir d’une démarche de clients face à la puissance industrielle américaine....
Sujet - Nom commun
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