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CocaLand [[periodique]] / Margot Davier

  • CocaLand [[periodique]] / Margot Davier
  • 01/05/26
  • pp.102-119
  • 0220-8245
  • 17
  • Dans le Putumayo, département colombien de 383000 habitants frontalier de l'Équateur et couvert par plus de 50000 hectares de coca, la production de cocaïne structure l'économie locale, le travail agricole et l'ordre social. Les cueilleurs de coca, parfois mineurs et souvent venus de milieux très précaires, portent des sacs de 70 à 100 kilos et commencent à travailler dès 6 heures du matin. Ils sont payés 10000 pesos par arroba de 12,5 kilos : Kerly, 16 ans, et son compagnon récoltent ainsi 14 arrobas, soit 175 kilos, pour 70000 pesos chacun, à peine au-dessus du salaire minimum journalier. Dans les laboratoires artisanaux, les feuilles sont broyées puis mélangées à des produits toxiques comme la chaux, la soude, le ciment ou l'essence afin d'obtenir la pasta base, ensuite raffinée en cocaïne. Dans une finca de 16 hectares, une centaine de personnes collectent chaque jour environ 5000 kilos de coca pour produire 10 à 11 kilos de pâte.Le territoire est dominé par les Comandos de la Frontera, groupe armé né en 2017 de dissidents des FARC. Selon les habitants et les experts, il contrôle les points de vente, encadre les laboratoires, organise la circulation locale et impose un contrôle social serré, allant jusqu'à exiger des cartes d'identité parallèles. L'article décrit aussi une narcoculture omniprésente à La Hormiga, nourrie par l'argent de la coca.Le reportage montre surtout l'échec des politiques antidrogue. La Colombie compte 250000 hectares de plantations illicites et produit 2500 tonnes de cocaïne par an, soit sept fois plus qu'en 2000. Après les campagnes de glyphosate et les plans de substitution, les surfaces ont de nouveau explosé, atteignant 252572 hectares en 2023. Dans le Putumayo, les alternatives légales comme la pisciculture d'Asopez ou le cacao existent mais restent fragiles, faute d'accompagnement public suffisant. Pour de petits producteurs comme Royman Portillo, qui vend le kilo de pâte base 2,6 millions de pesos pour 1,6 million de coûts, la coca reste moins un enrichissement qu'un moyen de survie. Le Putumayo apparaît ainsi enfermé dans une économie clandestine où la coca nourrit à la fois les familles, les groupes armés et le trafic international, tout en empêchant durablement la région d'en sortir....
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