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"Agronejo", le doux son de l'agriculture intensive (L') [[periodique]] / Carolina Abbott Glvao

  • "Agronejo", le doux son de l'agriculture intensive (L') [[periodique]] / Carolina Abbott Glvao
  • 09/04/26
  • pp.42-45
  • 1154-516X
  • 4
  • Au Brésil, l’agronejo, sous-genre récent du sertanejo, transforme l’imaginaire rural en vitrine de l’agronégoce. Porté par des sonorités électroniques, des codes visuels empruntés à la country et une esthétique de rodéo, il séduit particulièrement les jeunes tout en célébrant l’élevage bovin, le soja, la machinerie lourde et les pesticides. Le phénomène s’appuie sur une industrie musicale déjà hégémonique : en 2025, les 10 plus grands succès radio du pays relevaient du sertanejo, qui représentait aussi 30 des 50 titres les plus écoutés en streaming au Brésil en 2024. Le tube Os menino da pecuária a dépassé 137 millions de vues sur YouTube, et Ana Castela, l’une des principales figures du mouvement, compte plus de 12,8 millions d’auditeurs mensuels sur Spotify.L’article montre que cette réussite culturelle accompagne la puissance économique et politique de l’agrobusiness. Des campagnes massives, financées notamment par JBS et Ford et diffusées sur TV Globo, ont popularisé une image moderne et désirable du secteur. Au Congrès, 374 des 594 parlementaires sont liés au lobby agricole. Selon des critiques du mouvement, cette influence contribue à affaiblir la protection de l’environnement et les droits fonciers des peuples autochtones. Ana Chã, du MST, souligne que ce modèle exportateur prolonge des logiques héritées de l’époque coloniale et concentre la richesse foncière : 1,5 % des propriétaires ruraux contrôlent 53 % des terres agricoles.La trajectoire d’Ana Castela illustre la professionnalisation de l’agronejo. Originaire de Sete Quedas, ville d’environ 11 000 habitants, elle publie en 2020 une première vidéo TikTok à 17 ans avant que sa famille ne fonde le label AgroPlay à Londrina. Les artistes du genre sont fortement rémunérés par les foires agricoles et rodéos : 650 000 reais (108 000 euros) promis à Pedra Preta en 2024, près de 1 million de reais (166 000 euros) à Sapezal pour un concert d’1 h 30, puis un cachet estimé entre 850 000 et 1,2 million de reais (142 000 à 200 000 euros) à ExpoLondrina en 2025.L’envers du décor est environnemental et social. Certains artistes sont directement liés à l’agrobusiness, comme Gusttavo Lima, propriétaire d’une ferme de soja évaluée à 275 millions de reais (45,8 millions d’euros). En parallèle, la contamination par les pesticides a bondi de 858 % en 2024 au Brésil. Une école du Pará a dû suspendre ses cours pour la troisième fois après exposition à des pulvérisations agricoles, et 11 enfants ont été intoxiqués dans le Minas Gerais. L’agronejo apparaît ainsi comme un puissant outil culturel de normalisation et de promotion d’un modèle agricole très contesté....
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