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Géopolitique. Trump a-t-il uni les Européens? [[periodique]] / Anne-Sylvaine Chassany

  • Géopolitique. Trump a-t-il uni les Européens? [[periodique]] / Anne-Sylvaine Chassany
  • 26/03/26
  • pp.22-24
  • 1154-516X
  • 3
  • Le refus européen de s'associer à la guerre menée par Donald Trump contre l'Iran a marqué une rupture nette avec la prudence et l'apaisement qui dominaient jusque-là les relations transatlantiques. Des capitales les plus proches de Washington aux plus critiques, les dirigeants européens ont refusé de participer à une opération militaire destinée à rouvrir le détroit d'Ormuz, malgré les menaces de Trump sur l'avenir de l'Otan. Cette attitude commune tranche avec les divisions observées lors de la guerre d'Irak vingt ans plus tôt et alimente l'idée d'une autonomie stratégique européenne longtemps défendue par la France.Cette unité reste toutefois fragile. L'Allemagne a symbolisé ce basculement en refusant désormais toute participation militaire, après avoir initialement soutenu la campagne américaine. La crise du Groenland, les critiques de Trump contre l'Otan, ses droits de douane et sa proximité avec Moscou ont renforcé le désir européen de réduire sa dépendance à Washington. L'attaque contre l'Iran est d'autant plus mal perçue que l'accord nucléaire de 2015, négocié par Bruxelles, était considéré comme un succès diplomatique majeur.Dans les faits, l'UE demeure traversée de profondes fissures. Les Vingt-Sept divergent sur la légalité du conflit, sur la réponse économique à apporter au choc énergétique et sur l'attitude à adopter vis-à-vis de la Russie. L'Europe importe 90 % de son gaz et de son pétrole, ce qui la rend particulièrement exposée. Certains Etats réclament davantage de subventions ou un assouplissement de la taxe carbone, tandis que d'autres craignent une distorsion du marché unique. Bart De Wever a même évoqué une normalisation avec Moscou pour retrouver une énergie moins chère.Les limites militaires et institutionnelles du bloc restent évidentes. Les capacités sont inégales, les intérêts divergent, et la politique étrangère européenne souffre encore d'un système jugé inadapté aux crises géopolitiques. La France a déployé le porte-avions Charles de Gaulle en Méditerranée orientale et huit frégates dans la région, mais sans entrer dans le détroit d'Ormuz. Malgré le refus collectif opposé à Trump, l'Europe reste confrontée à une crise diplomatique, énergétique et stratégique dont l'issue pourrait raviver ses divisions....
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