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Saga familiale : le retour [[périodique] ] / Alexis Brocas

  • Saga familiale : le retour [[périodique] ] / Alexis Brocas
  • Lire magazine littéraire 544
  • 01/09/25
  • pp.46-60
  • 2728-6762
  • 15
  • Non, la littérature ne progresse pas par bonds, à la façon des sciences ou des grenouilles : elle vit plutôt à la manière des forêts, se rétractant ici pour s'étendre là, délaissant des terrains appauvris à force d'être exploités et attendant qu'ils se régénèrent pour les réensemencer. Ainsi, en cette rentrée, la saga familiale, genre vieux comme les trois pièces de L'Orestie d'Eschyle (Ve siècle av. J.-C.) et qui a connu son heure de gloire au XIXe siècle avant d'être rejetée dans la littérature populaire, fait un remarquable retour. Plus étonnant, la saga familiale revient par ce qui est aujourd'hui, en France, la grande porte vers une réputation de modernité : l'autofiction. Il ne s'agit donc plus d'inventer des familles qui permettront d'explorer toute une société, comme les Rougon-Macquart de Zola, ou toute une époque, comme Les Thibault de Roger Martin du Gard, mais de raconter une histoire familiale réelle. Ainsi, Emmanuel Carrère se penche sur la généalogie de sa mère, l'historienne Hélène Carrère d'Encausse, dans Kolkhoze ; Laurent Mauvignier reconstitue l'histoire de sa famille sur trois générations ; Franck Bouysse livre l'éloge de sa grand-mère... Bien sûr, on pourrait ironiser en écrivant que la littérature française a substitué au souci de comprendre le monde le souci de s'explorer soi-même, par ancêtres interposés - c'est souvent de cela qu'il s'agit. Mais ce serait injuste pour bien des excellents livres qui paraissent en cette rentrée : si La Maison vide de Laurent Mauvignier raconte une famille réelle, c'est toute la France du passé qui surgit à travers elle, et, chez Emmanuel Carrère, toute une certaine Russie. Et ils ne sont pas les seuls capables de partir de l'intime pour aller vers l'universel...
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