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De retour sur la scène internationale [article] / Paul-Marie de La Gorce; Olivier Zajec; Jacques Lévesque Jean-Marie Chauvier; Igor Delanoë

  • De retour sur la scène internationale [article] / Paul-Marie de La Gorce; Olivier Zajec; Jacques Lévesque Jean-Marie Chauvier; Igor Delanoë
  • Extrait de : MANIERE DE VOIR N° 138; 05/12/2014; NP. 29-62
  • L'Union soviétique a perdu la guerre froide sans avoir tiré un coup de feu. En récompense de cette sage reddition, M. Mikhaïl Gorbatchev souhaitait voir la Russie intégrer la maison européenne. Cet espoir fut déçu. Car, de leur côté, les Etats-Unis ont continué de voir Moscou comme une menace. D'autant que depuis 2008, le Kremlin n'hésite plus à utiliser la force pour préserver ses intérêts. Mais bien qu'il clame vouloir renforcer la multipolarité dans le monde, l'ancien empire peine à incarner un modèle attractif pour les pays de son proche étranger. Alors que son projet d'Union eurasiatique sombrait avec la crise ukrainienne de 2014, le Kremlin a fait le choix du coup de force en Crimée. Comment l'OTAN survécut à la guerre froide. Enfant de la guerre froide, l'Organisation du traité de l'Atlantique nord perdait sa raison d'être avec l'effondrement du camp de l'Est au début des années 1990. Mais une fois l'ennemi soviétique disparu, l'Alliance atlantique s'attribua des missions de sécurité en Europe. Cet objectif aussi large que vague permit aux Etats-Unis de maintenir leur rôle dirigeant. L'encerclement, une paranoïa russe ? Rien ne semble entamer la volonté des Etats-Unis. Malgré les alarmes russes, la relance en 2002 du programme antimissile américain n'a jamais été remise en cause. Pour le Kremlin, les installations déployées à ses portes relèvent d'une stratégie d'encerclement. Et les Européens laissent faire. Le rang retrouvé. L'annexion de la Crimée au printemps 2014 sur fond de tensions avec l'Occident marque une inflexion de la stratégie suivie depuis 2008 par la diplomatie russe. Celle-ci avait opéré un retour remarqué sur la scène internationale en multipliant les succès : asile politique offert à l'informaticien Edward Snowden, négociations avec l'Iran, médiation dans la crise syrienne, Jeux olympiques de Sotchi. Cap au sud. En dépit de sa conversion au libre-échange, le complexe de la forteresse assiégée se renforce en Russie à la faveur de poussées concentriques qui lui échappent. L'OTAN et l'Union européenne avancent vers l'est, intègrent progressivement les anciens pays frères et les anciennes républiques soviétiques baltes. Avec l'intervention militaire de 2008 en Géorgie et, surtout, le rattachement-éclair de la Crimée à la Russie en mars 2014, le Kremlin a voulu marquer un coup d'arrêt à cette expansion. Si Moscou a aujourd'hui fait la preuve de sa capacité à manier le bâton, son potentiel d'attraction est moins évident. Les projets de coopération économique tardent à séduire les pays les plus proches, comme en Asie centrale, et le développement reste à la merci du cours mondial des hydrocarbures. D'où la tentation de développer de nouveaux horizons vers le sud. Contre la décadence, l'Eurasie. Pour justifier les vertus d'un pouvoir fort, le Kremlin s'inspire de courants nationalistes et conservateurs. Il y a puisé le concept d'eurasisme, renouvelé par Alexandre Douguine, qui entend dénoncer une modernité occidentale dégénérée, tout en forgeant un bloc de civilisations capable d'y résister par la défense des traditions. La Russie fait partie du monde musulman. Le conflit en Tchétchénie a conduit la Russie à valoriser un islam modéré contre la menace djihadiste. Côté politique extérieure, les relations avec les Etats musulmans font désormais figure de priorité. En dépit du conflit syrien, cette stratégie porte ses fruits, y compris auprès de pays traditionnellement alliés aux Etats-Unis. Israël, si loin, si proche. A priori, tout oppose la Russie et Israël, l'un des plus fidèles alliés des Etats-Unis. Manifestes sur les dossiers syrien et iranien, les divergences s'avèrent toutefois rares. Non seulement, Tel-Aviv reconnaît le rôle-clef de Moscou au Proche-Orient, mais la communauté russophone d'Israël a cimenté un véritable pont culturel entre les deux pays. Refoulée d'Europe, la Russie se tourne vers l'Asie. Pour son retour sur la scène diplomatique, la Russie hésite entre jeux d'influence et démonstrations de force. Pressé par le basculement de l'Ukraine dans l'orbite occidentale, le Kremlin a improvisé une brusque reconquête de la Crimée qui a entraîné une série de sanctions occidentales, poussant le pays à regarder vers sa façade orientale. Les bons, la brute et la Crimée. Avec l'annexion de la Crimée au territoire russe, la crise ukrainienne a pris les dimensions d'un séisme géopolitique. Comprendre ce conflit implique d'intégrer tous les points de vue concurrents. Mais dans les médias occidentaux, les commentaires sur la psychologie du président russe tiennent trop souvent lieu d'analyse.
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