Monographie

Condition de l'homme moderne : Premier chapitre, La condition humaine

  • Condition de l'homme moderne : Premier chapitre, La condition humaine
  • Nathan, 2002
  • Les intégrales de philo
  • 978-2-09-188201-7
  • Les intégrales de philo
  • 193
  • Hannah Arendt pose le cadre de son étude systématique par une rapide présentation des trois principales activités de la condition humaine qu'elle regroupe sous le terme « condition humaine ». Cette présentation du travail, de l'œuvre et de l'action lui permet notamment d'insister sur le concept de natalité, central dans sa pensée : « C'est l'action qui est la plus étroitement liée à la condition humaine de natalité ; le commencement inhérent à la naissance ne peut se faire sentir dans le monde que parce que le nouveau venu possède la faculté d'entreprendre du neuf, c'est-à-dire d'agir. En ce sens d'initiative un élément d'action, et donc de natalité, est inhérent à toutes les activités humaines. De plus, l'action étant l'activité politique par excellence, la natalité, par opposition à la mortalité, est sans doute la catégorie centrale de la pensée politique, par opposition à la pensée métaphysique. » Le caractère primordial de l'action, de la natalité, a été occulté par la tradition métaphysique qui affirme la supériorité de la vita contemplativa sur la vita activa : « on compta l'action, elle aussi, au nombre des nécessités de la vie terrestre, de sorte qu'il ne resta plus d'existence vraiment libre que la contemplation. »6 En rétablissant les différences conceptuelles entre travail, œuvre et action, Hannah Arendt vise à penser la vita activa pour elle-même - ce qui ne l'empêchera pas, dans La Vie de l'esprit de s'interroger sur la vita contemplativa. Ce rejet métaphysique de l'action et de la natalité est à lier avec la distinction que fait Hannah Arendt entre éternité et immortalité : « Le devoir des mortels, et leur grandeur possible, résident dans leur capacité de produire de choses - œuvres, exploits et paroles - qui mériteraient d'appartenir et, au moins jusqu'à un certain point, appartiennent à la durée sans fin, de sorte que par leur intermédiaire les mortels puissent trouver place dans un cosmos où tout est immortel sauf eux. » La quête d'immortalité est ainsi le propre du mortel qui assume la natalité et donc sa fragilité : il agit (actes et paroles) pour tâcher de laisser une trace au-delà de sa présence sur terre. Toute autre est la démarche métaphysique de quête de l'éternité qui, à force d'affirmer la suprématie de l'âme et de la pensée, en s'affirmant plus fort que les basses préoccupations terrestres, en oublie l'action : « Ce qui importe, c'est que l'expérience de l'éternel, par opposition à celle de l'immortalité, ne correspond et ne peut donner lieu à aucune activité. »8 L'objectif d'Hannah Arendt dans ce livre, en redonnant leur importance aux trois activités de la vita activa, est ainsi de « sauver de l'oubli la quête d'immortalité qui avait été à l'origine le ressort essentiel de la vita activa. »8 Phrase clef par laquelle elle explicite ce qui l'oppose à la philosophie de Martin Heidegger qui prétend pour sa part mener un combat contre « l'oubli de l'être ».
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