Article

Karl Marx, une pensée toujours vivante [[périodique] ]

  • Karl Marx, une pensée toujours vivante [[périodique] ]
  • 01/04/24
  • pp.1-82
  • 1252-4999
  • 82
  • Karl Marx, né en 1818 à Trèves en Rhénanie prussienne, a grandi dans une région marquée par les idéaux démocratiques issus de l'occupation française. Après des études à Bonn puis à Berlin, il rejoint les Jeunes Hégéliens, évoluant vers l'athéisme et la revendication démocratique. Sa carrière débute dans le journalisme, notamment à la Rheinische Zeitung, dont il prend la direction en 1842, atteignant 3 300 abonnés. Le journal, d'orientation libérale et démocratique, est interdit en 1843 par le pouvoir prussien. Marx s'exile alors à Paris, puis à Bruxelles, où il mène une intense activité militante et intellectuelle, mais vit dans la précarité. Il se marie avec Jenny von Westphalen, avec qui il aura six enfants, dont trois mourront en bas âge. La famille survit grâce à des héritages, l'aide financière de Friedrich Engels (qui lui assure une rente annuelle de 350 livres à partir de 1868) et les revenus de ses articles, notamment pour le New York Daily Tribune (487 articles). En 1848, lors du " printemps des peuples ", Marx retourne à Cologne et lance la Neue Rheinische Zeitung, qui atteint 6 000 exemplaires vendus et dont le dernier numéro, imprimé en rouge, se vend à 20 000 exemplaires. Expulsé de Prusse en 1849, il s'installe à Londres, où il vit dans la pauvreté, aidé par Engels et des amis. Malgré les difficultés, il poursuit son oeuvre intellectuelle et militante, participant à la fondation de la Première Internationale ouvrière et rédigeant des textes majeurs comme Les luttes de classes en France, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte et La guerre civile en France. Marx développe une analyse critique du capitalisme, qu'il considère comme un système fondé sur l'exploitation et l'instabilité, générant des crises endogènes. Il met en avant la transformation du travail en marchandise, la loi de la valeur, le processus d'accumulation du capital et la tendance à la surproduction. Il est l'un des premiers, avec Schumpeter, à théoriser les crises internes du capitalisme, dépassant les explications traditionnelles liées aux aléas climatiques. Sa grille d'analyse reste pertinente pour comprendre la crise d'accumulation fordiste des années 1970, la crise financière de 2007 et la crise écologique planétaire. Marx s'appuie sur les travaux de ses prédécesseurs (Smith, Ricardo, Quesnay, Steuart, Sismondi) mais introduit une rupture majeure, posant les bases de la macroéconomie moderne. Il distingue dans Le Capital deux grandes sections de la production : les biens d'investissement et les biens de consommation, et insiste sur la nécessité d'une adéquation entre l'offre et la demande sociale en termes de valeur d'usage. Il critique l'illusion selon laquelle la finance serait une source autonome de valeur, rappelant que le profit provient de l'exploitation du travail. Le capitalisme contemporain, selon Marx, se caractérise par la persistance du chômage de masse et l'extension de la précarité, expliquées par l'existence d'une " armée de réserve industrielle " qui permet de maintenir la pression sur les salaires et de déconnecter leur progression des gains de productivité. Il analyse la mondialisation comme une structuration asymétrique de l'économie mondiale, marquée par la liberté totale des capitaux et la marchandisation croissante de domaines non marchands, notamment les services publics et la protection sociale. Marx considère que le capitalisme a besoin d'un taux de profit suffisant et de débouchés adaptés pour fonctionner harmonieusement, mais il souligne que la crise est inévitable, même si la catastrophe ne l'est pas. à chaque grande crise, le capitalisme peut soit être renversé, soit rebondir sous des formes plus ou moins violentes ou régressives. Il postule la possibilité d'un autre calcul économique, visant le bien-être collectif plutôt que la maximisation privée du profit, mais souligne la difficulté de réformer un système dont les ressorts fondamentaux sont invariants. Sur le plan théorique, Marx place le travail au centre du processus productif, s'opposant à la vision libérale qui considère le travail comme un facteur parmi d'autres. Il distingue le " travail vivant ", source de valeur, du " travail mort " incorporé dans les machines. L'histoire des sociétés est celle du droit de propriété sur les moyens de production, qui détermine la liberté ou la soumission des travailleurs. Avec l'avènement du capitalisme industriel, une minorité s'approprie les moyens de production, soumettant les prolétaires à un ordre économique injuste. Marx élabore le matérialisme historique, une interprétation économique de l'histoire fondée sur le développement des forces productives et les rapports de production, qui engendrent des contradictions et des révolutions sociales. Il identifie une succession de grands systèmes économiques (asiatique, antique, féodal, bourgeois moderne) et prophétise le passage au communisme. La lutte des classes, moteur de l'histoire, oppose bourgeoisie et prolétariat, mais Marx reconnaît la complexité des classes sociales et l'existence de fractions et d'alliances. Dans Le Capital, Marx explique la formation de la plus-value par l'achat de la force de travail, qui produit plus de valeur que son coût salarial. Il distingue la plus-value absolue (allongement de la journée de travail ou baisse des salaires) de la plus-value relative (augmentation de la productivité). L'accumulation du capital conduit à la centralisation et à la concentration, à l'expansion mondiale et à des crises périodiques de suraccumulation et de surproduction. La financiarisation de l'économie mondiale est vue comme une fuite en avant, générant un capital fictif détaché du travail productif. Marx analyse la mondialisation comme une extension polarisante du capitalisme, opposant des centres dominants à des périphéries dominées, où la main-d'oeuvre bon marché alimente le secteur exportateur. Il critique l'idéologie du rattrapage des pays périphériques, soulignant que le développement et le sous-développement sont les deux faces d'une même médaille. Sur la question de la propriété, Marx ne s'oppose pas à la propriété en soi, mais à sa forme privative et exclusive. Il défend le droit coutumier des pauvres à accéder aux ressources communes et reconnaît, dans ses derniers écrits, la possibilité pour les communes rurales de servir de base à une transition vers le socialisme, sans passer nécessairement par la phase capitaliste. Dans ses dernières années, Marx approfondit ses recherches, s'intéressant à l'agriculture, à la propriété foncière, aux sociétés non occidentales et à l'écologie. Il développe le concept de " rupture métabolique " pour décrire la dégradation des relations entre l'homme et la nature sous le capitalisme. Selon Kohei Saito, Marx évolue vers une vision " décroissante " du communisme, prônant une économie stationnaire et la redéfinition de la richesse comme développement des capacités humaines plutôt que comme accumulation de marchandises. L'influence de Marx demeure considérable dans les sciences humaines, la philosophie et l'économie critique. Sa pensée a inspiré de nombreux courants (léninisme, opéraïsme, marxisme critique, éco-socialisme, post-colonialisme) et continue d'alimenter les débats sur la crise, la mondialisation, la propriété, l'écologie et l'émancipation sociale. Malgré les critiques et les échecs historiques du " socialisme réellement existant ", Marx reste une référence majeure pour comprendre les contradictions du capitalisme contemporain et penser des alternatives. Le numéro d'Alternatives Économiques d'où est extrait ce texte a été tiré à 41 000 exemplaires. La société éditrice est une Scop-SA à capital variable, détenue à 60 % par les salariés, 19 % par la société civile des lecteurs, 0,5 % par l'association des lecteurs, 13 % par d'anciens salariés et 7,5 % par des associés extérieurs.
Lien copié.
Build V.5.2.2 - 2ecb916194 (29/04/2026 07:35:08)