Article
En Afrique de l'Ouest, la poudre importée concurrence le lait local [[périodique] ]
Titre(s)
- En Afrique de l'Ouest, la poudre importée concurrence le lait local [[périodique] ]
Ensemble
Editeur, producteur
- 01/09/25
Description matérielle
- pp.82-85
ISSN
- 0247-3739
Note sur la description matérielle
- 4
Résumé ou extrait
- En Afrique de l'Ouest, la demande en produits laitiers connaît une forte croissance, stimulée par une croissance démographique de +2,2 % en 2024, soit plus du double de la moyenne mondiale. La population de la région devrait passer de 456 millions d'habitants en 2024 à près de 800 millions en 2050 selon les Nations unies. Pour répondre à cette demande, les États ouest-africains importent massivement de la poudre de lait bon marché, principalement d'Europe, qui concurrence fortement les filières locales. Les importations de produits laitiers dans la région ont atteint 2,1 milliards d'euros en 2020, contre 860 millions d'euros en moyenne annuelle entre 2000 et 2009. Malgré une hausse de 45 % de la production locale en vingt ans, la part des produits laitiers importés dans la consommation est passée de 40 % à 60 % selon le Cirad. Les poudres de lait, taxées à seulement 5 %, sont particulièrement prisées, notamment la poudre de lait " réengraissée " (MGV), obtenue à partir de lait écrémé mélangé à de la matière grasse végétale, souvent de l'huile de palme. Ce produit, vendu 30 % moins cher que les poudres de lait entier et 50 % moins cher que le lait local, représente aujourd'hui un quart des produits laitiers consommés dans la région. L'Union européenne, et plus particulièrement les Pays-Bas et l'Irlande, est le principal fournisseur de ces poudres. La production locale peine à suivre la demande, en partie parce que près de la moitié de la population vit en ville, loin des zones de production, elles-mêmes mal desservies par les infrastructures de transport. En Afrique de l'Ouest, le lait est majoritairement autoconsommé par les familles d'éleveurs, et moins de 7 % du lait produit est collecté. La transhumance, pratiquée par la plupart des éleveurs, complique la collecte et l'intensification de la production. Les vaches locales sont peu productives : une vache Ndama produit un litre de lait par jour, contre jusqu'à 45 litres pour une Holstein en pic de lactation. Des initiatives existent pour structurer la filière locale, notamment par l'amélioration de l'alimentation (utilisation de graines de coton, stockage des fourrages) et la génétique (croisements entre races locales et races plus productives). Le gouvernement sénégalais subventionne chaque année l'importation de plusieurs milliers de vaches à haut potentiel laitier en provenance d'Europe. Des groupements de collecte, laiteries coopératives et minilaiteries privées se développent, comme celle de Jules Diallo à Kolda, qui transforme 15 000 à 30 000 litres de lait par an. Cependant, le transport du lait reste rudimentaire, souvent sans chaîne du froid, et la transformation est généralement assurée par les femmes, dont la place dans la filière est défendue par des associations comme l'Apess. Les coûts de collecte restent très élevés. Dans les années 1990, Nestlé a tenté de développer une filière locale au Sénégal, mais l'initiative a été abandonnée en raison de son coût. La laiterie du Berger au Sénégal, lancée en 2007 avec le soutien de Danone, a réussi à passer de 100 éleveurs collectés en 2007 à 3 500 aujourd'hui, soit 3,5 millions de litres collectés. Grâce à des gains de productivité, elle propose des produits à base de lait local à un prix accessible, mais la collecte ne couvre que 80 % de ses besoins, les 20 % restants étant importés. De nombreux industriels complètent leur approvisionnement avec de la poudre de lait pendant la saison sèche. En dehors de l'Afrique de l'Ouest et de l'Afrique centrale, la production laitière est mieux développée sur le reste du continent. En Afrique de l'Est, le Kenya produit 97 kg de lait par habitant chaque année, contre 12 kg en moyenne en Afrique de l'Ouest. Le Kenya bénéficie de réseaux de collecte efficaces, d'animaux sélectionnés pour leur potentiel laitier et de politiques de protection du secteur. Certains pays comme le Maroc, l'Égypte, l'Algérie, le Nigeria et l'Afrique du Sud imposent des taxes élevées sur les importations de lait pour protéger leur production locale. Danone investit dans le lait africain avec l'objectif de s'approvisionner exclusivement auprès d'éleveurs locaux pour ses produits distribués sur le continent. Le groupe, bien implanté en Afrique, a racheté en 2019 la société Fan Milk, active au Ghana et au Nigeria, qui souhaite à terme fonctionner avec du lait local. Fan Milk a reçu en 2024 un financement de 4,9 millions de dollars de la Fondation Gates pour soutenir les éleveurs. Danone travaille avec 200 000 fermiers sur le continent. En résumé, la filière laitière ouest-africaine fait face à une concurrence intense des poudres de lait importées, principalement d'Europe, qui freine le développement de la production locale. Malgré des initiatives pour structurer la filière et améliorer la productivité, la dépendance aux importations reste forte, et l'autosuffisance laitière apparaît encore lointaine.
Sujet - Nom commun
Lien copié.
Build V.5.2.2 - 2ecb916194 (29/04/2026 07:35:08)