Article

Réfractaires à la résignation [article] / Arundhati Roy; Edward Bond Pierre Bourdieu; Loïc Wacquant; Cornelius Castoriads; Gilles Châtelet; Albert Jacquard; Carlos Fuentes; Louis Pinto; Razmig Keucheyan

  • Réfractaires à la résignation [article] / Arundhati Roy; Edward Bond Pierre Bourdieu; Loïc Wacquant; Cornelius Castoriads; Gilles Châtelet; Albert Jacquard; Carlos Fuentes; Louis Pinto; Razmig Keucheyan
  • Extrait de : Manière de voir n° 137 octobre-novembre 2014 - p. 67-97
  • Des catastrophes écologiques aux cauchemars technoscientifiques, tout concourt à faire croire qu'on est au bord de la fin du monde ou, à tout le moins, de la fin de notre monde. Ce qui n'engage pas précisément à l'optimisme. C'est sans doute là l'une des plus belles ruses de l'ordre social : convaincre chacun que la résignation relève du réalisme. Mais ce prétendu réalisme n'est que soumission à une conception naine de l'humanité. Comment dépolitiser la colère avec l'humanitaire. Si les organisations non gouvernementales (ONG) ont pour rôle essentiel d'apporter un soutien aux populations qui souffrent, elles ont aussi d'autres fonctions. Non seulement elles témoignent de la compassion des pays occidentaux, mais elles avalisent la transformation de ce qui devrait être un droit en assistance. Notre époque n'est pas postmoderne, elle est posthume. La qualité d'humain ne nous est pas attribuée de toute éternité. C'est l'imagination qui nous donne la conscience de notre existence, et nous fait trouver des raisons de vivre. Quand la société ne permet plus à l'imagination de mesurer l'injustice, les hommes deviennent morts à leur humanité. L'import-export de la soumission. Les termes impérialisme ou exploitation ont largement disparu du vocabulaire des faiseurs d'opinion, qui ont su en revanche faire circuler les notions de mondialisation ou d'exclusion comme autant d'évidences. Encore un effort pour être républicain ! La liberté est un droit qui exige, pour être effectif, qu'on puisse l'exercer véritablement. Or, non seulement la démocratie telle que nous la connaissons vide de son sens le choix politique du citoyen, mais l'individu même est captif des choix secrets de son inconscient. Avec Marcuse, la philosophie est dangereuse. Lire Herbert Marcuse, dont les thèses ont vivifié Mai 68, c'est apprendre à repérer les schémas d'asservissement mis en ½uvre par les pouvoirs, politique, économique et technologique. Celui pour qui la résignation était ringarde demeure un grand analyste de la postmodernité. Changer les règles ou sombrer. L'espèce humaine est confrontée aujourd'hui à la nécessité de préserver les ressources de la planète. C'est peut-être une chance : en reconnaissant la nécessité des limites, les humains devraient être conduits à rompre avec l'idéologie de la compétition généralisée. La subversion discrète de l'imagination. La fiction invente ce qui manque au monde, et c'est pourquoi son rôle est discrètement mais fondamentalement politique. Le roman invite à découvrir les strates multiples et contradictoires de réalités en fragments, et à s'approprier le trouble et les rêves qui naissent de cette découverte. Comme Don Quichotte, le lecteur peut alors avoir envie de refuser le bon sens qui engage à se contenter de ce qu'il y a. On pense pour vous : les professionnels du maintien de l'ordre. Dans le reflux des évènements de 1968, un nouveau type d'intellectuel apparaît. Il dénonce les dangers du marxisme, devient un habitué des médias et des lieux de pouvoir. Ce n'est sans doute que justice : il contribue vaillamment à légitimer le capitalisme, qu'il appelle modernité. Gramsci, construire le parti des opprimés. Juillet 2012. Condamné à vingt ans de prison par le régime fasciste de Benito Mussolini, Antonio Gramsci poursuit son combat politique par une réflexion sur les conditions nécessaires à la réussite du mouvement révolutionnaire. Dans ces Cahiers de prison, il analyse le rôle de l'idéologie dominante et de ses valeurs dans le consentement des dominés.
Lien copié.