Monographie

Témoigner en littérature

  • Témoigner en littérature
  • Paris : Europe, DL 2016
  • 1 vol. (348 p.) : cartes, couv. ill. en coul.; 22 cm
  • Revue europe 1041-1042 0014-2751
  • 978-2-35150-077-4
  • Revue europe 1041-1042 0014-2751
  • 809.935
  • Numéro de : "Europe (Paris. 1923)", janvier-février 2016, n.1041-42, 94e année. - Notes bibliogr.
  • Ce que le témoignage fait à la littérature / Frédérik DETUE, Charlotte LACOSTE. - Les vicissitudes d’un genre littéraire / Frédérik DETUE, Charlotte LACOSTE. - Là-bas. Avec ceux qui souffrent / Guy HALLÉ. - Le témoin clandestin / Krikor BELEDIAN. - La Grande Crise / Chavarche MISSAKIAN. - Kolyma / Elena VLADIMIROVA. - Témoins oculaires de la destruction des juifs en URSS / Assia KOVRIGUINA. - Témoignage à propos d’Eichmann / Primo LEVI. - Négation et détournement des témoignages concentrationnaires / Marie HARTMANN. - « L’odeur de la chair brûlée ». Témoignage et mentir-vrai / François RASTIER. - Écrire la bombe / Maya MORIOKA TODESCHINI. - Ville des cadavres / ÔTA Yôko. - Témoigner de l’exil rural en Chine populaire (1968-1980) / Lili DU. - L’art du survivant, une attitude / Rithy PANH. - Témoins algériens de la « décennie noire » en France / Tristan LEPERLIER. - Le témoin au théâtre. De la preuve à la mise à l’épreuve / Barbara MÉTAIS-CHASTANIER. - Faire avec presque rien, ou le métier d’un écrivain stupéfait / Marcel COHEN. - Dialogue de la poésie avec la prose testimoniale / Philippe BECK
  • Longtemps, on n’a pas « témoigné » en littérature. Le fait qui consiste, pour les survivants d’un crime de masse, à rédiger et à publier le récit circonstancié des violences dont ils ont été les témoins pour les porter à la connaissance de tous est une pratique sociale récente, qui s’est inaugurée comme telle au début du XXe siècle, dans le sillage de la Première Guerre mondiale et du génocide des Arméniens. Dans ce moment advient en effet un nouvel intolérable : la négation du crime — sous toutes ses formes. Cédant à « la violence d’une impulsion immédiate, aussi impérieuse que les autres besoins élémentaires », comme l’écrit Primo Levi, certains entreprennent alors, parfois au péril de leur vie, de décrire ce qu’ils ont subi pour l’attester. Là réside la spécificité du genre : fondé sur le modèle judiciaire, le témoignage littéraire est une déposition devant l’Histoire reposant sur le serment que fait le témoin de dire « la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ». À la fois œuvre littéraire et document doté d’une valeur probatoire, le témoignage consacre une rupture radicale avec la doctrine de l’autonomie de l’art héritée du romantisme; il invite ainsi à un réexamen critique de certains crédos contemporains relatifs à l’absolue liberté d’invention de l’artiste, à la déliaison de l’éthique et de l’esthétique, ou encore à la réduction de la littérature à la fiction. L’avènement du témoignage a produit un schisme littéraire dont on n’a peut-être pas encore pris toute la mesure. De la Grande Guerre au génocide des Tutsi du Rwanda en passant par le génocide des Arméniens, les camps de la Kolyma, l’univers concentrationnaire nazi, l’extermination des Juifs d’Europe, le bombardement atomique d’Hiroshima, l’exil rural forcé dans la Chine populaire des années 1968-1980, le génocide cambodgien et la « décennie noire » qui ensanglanta l’Algérie des années 1990, ce numéro d’Europe invite à une nécessaire réflexion sur l’acte de témoigner en littérature. Puisse-t-il contribuer à marquer un tournant dans l’histoire de la réception d’un genre qui demeure encore trop souvent relégué dans une position marginale, alors même qu’il a donné, selon les mots de Georges Perec, « l’exemple le plus parfait de ce que peut être la littérature ». [4e de couv.]
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